Votre commune doit faire des travaux sur une rivière qui traverse votre terrain ? Une collectivité a besoin d’intervenir chez vous pour lutter contre une inondation ? Vous vous demandez comment c’est possible légalement ?
Ce guide explique tout sur la Déclaration d’Intérêt Général (DIG). Vous saurez ce que c’est, qui peut l’utiliser, comment ça fonctionne et ce que ça change pour vous si vous êtes propriétaire.
Qu’est-ce qu’une Déclaration d’Intérêt Général (DIG) ?
La Déclaration d’Intérêt Général, ou DIG, est une procédure administrative. Elle permet à une personne publique, comme une mairie ou un syndicat de rivières, de réaliser des travaux sur des propriétés privées. L’objectif est toujours de servir l’intérêt général, par exemple pour la gestion de l’eau ou la prévention des risques.
Le but principal est de légitimer l’intervention de la collectivité et l’utilisation de fonds publics sur le domaine privé. Lorsqu’une commune investit de l’argent pour entretenir un cours d’eau, la DIG justifie cette dépense, même si le cours d’eau passe chez des particuliers.
Attention à ne pas confondre la DIG avec la DUP (Déclaration d’Utilité Publique). La grosse différence, c’est que la DIG ne permet pas l’expropriation. La collectivité peut intervenir pour des travaux, mais vous restez propriétaire de votre terrain.
Le cadre légal de cette procédure est bien défini. Il repose principalement sur deux textes :
- L’article L.211-7 du Code de l’environnement pour les opérations liées à la gestion de l’eau.
- Les articles L.151-36 à L.151-40 du Code Rural pour les autres travaux d’aménagement.
Dans quels cas recourir à une DIG ? Les objectifs visés
Une collectivité ne peut pas lancer une procédure de DIG pour n’importe quelle raison. La loi est très claire et liste les cas où ces travaux sont jugés nécessaires. Les objectifs visent principalement la bonne gestion de l’eau, la prévention des risques et la protection des écosystèmes.
Voici les opérations qui peuvent faire l’objet d’une DIG, comme le précise le Code de l’environnement :
- Gestion et entretien des cours d’eau
- L’aménagement d’un bassin hydrographique.
- L’entretien et l’aménagement d’un cours d’eau, canal, lac ou plan d’eau.
- Prévention des risques naturels
- La défense contre les inondations et contre la mer.
- La protection et la restauration des sites, des écosystèmes aquatiques et des zones humides.
- Protection de la ressource en eau
- La mise en place de périmètres de protection des points de captage d’eau potable.
- La lutte contre la pollution de l’eau.
- L’aménagement et l’exploitation des retenues d’eau.
Le caractère d’intérêt général des travaux est donc justifié par la nécessité de protéger l’environnement ou la sécurité des personnes. Il s’agit souvent d’opérations que les propriétaires privés ne peuvent pas, ou ne veulent pas, réaliser seuls.
Qui peut initier une procédure de DIG ?
La demande de DIG ne peut pas venir de n’importe qui. Seul un maître d’ouvrage public est autorisé à lancer cette procédure. Un particulier ou une entreprise privée ne peut pas le faire, même si les travaux présentent un intérêt pour la communauté.
Les entités qui peuvent porter un projet de DIG sont :
- Les collectivités locales (communes, départements, régions).
- Leurs groupements (communautés de communes, métropoles, etc.).
- Les syndicats mixtes, comme les syndicats de bassin versant, qui sont spécialisés dans la gestion de l’eau.
Les chambres d’agriculture peuvent également être autorisées à réaliser certains travaux d’hydraulique agricole, comme l’irrigation, dans le cadre d’une DIG.
C’est donc bien la puissance publique qui est à la manœuvre. Elle intervient lorsqu’il y a une carence des propriétaires ou lorsque l’ampleur des travaux dépasse les capacités d’un seul individu.
La procédure de DIG expliquée étape par étape
La mise en place d’une DIG suit un parcours administratif strict, encadré par les articles R.214-88 à R.214-104 du Code de l’environnement. L’objectif est de garantir la transparence, d’informer le public et de s’assurer que l’intérêt général est bien réel. La procédure se déroule en trois grandes phases.
1. Constitution du dossier de DIG
Le maître d’ouvrage public (la collectivité) doit d’abord monter un dossier technique et administratif complet. Ce document est la pierre angulaire de la procédure. Il doit prouver que les travaux sont nécessaires, décrire leur nature, estimer leur coût et définir le périmètre concerné. C’est un travail de fond qui demande une expertise précise.
2. L’enquête publique : une étape cruciale
Une fois le dossier validé, il est soumis à une enquête publique. C’est un moment clé qui permet à tous les citoyens concernés de s’informer et de donner leur avis. L’enquête est menée par un commissaire enquêteur indépendant, désigné par le tribunal administratif.
Pendant la durée de l’enquête (généralement un mois), le dossier est consultable en mairie. Chacun peut y consigner ses observations, questions ou oppositions dans un registre. Le commissaire enquêteur analyse ensuite toutes les contributions et rédige un rapport avec ses conclusions, qui peuvent être favorables, favorables avec réserves, ou défavorables.
3. La décision : l’arrêté préfectoral
La décision finale revient au préfet du département. Sur la base du dossier initial et du rapport du commissaire enquêteur, il décide de déclarer ou non les travaux d’intérêt général. S’il accepte, il prend un arrêté préfectoral de Déclaration d’Intérêt Général.
Cet arrêté est l’acte officiel qui autorise le début des opérations. Il précise :
- La nature exacte des travaux.
- Le périmètre géographique des interventions.
- L’identité du maître d’ouvrage.
- La durée de validité de la DIG (souvent 5 ans).
Que doit contenir le dossier de Déclaration d’Intérêt Général ?
Le dossier de DIG doit être très précis pour que l’administration puisse juger du bien-fondé du projet. Les pièces obligatoires sont listées par la loi. Certaines sont nécessaires dans tous les cas, d’autres uniquement s’il y a une participation financière des riverains.
Voici un résumé des éléments que doit contenir le dossier pour être complet.
| Pièce du dossier | Description de la pièce | Quand est-ce nécessaire ? |
|---|---|---|
| Mémoire justificatif | Explique pourquoi les travaux sont d’intérêt général. Décrit l’état actuel et les problèmes à résoudre. | Toujours |
| Mémoire explicatif | Détaille la nature des travaux, les techniques utilisées, et les terrains concernés. | Toujours |
| Estimation des investissements | Présente le coût total des travaux, des études et des frais de procédure. | Toujours |
| Calendrier prévisionnel | Donne un planning de réalisation des différentes phases des opérations. | Toujours |
| Liste des personnes à participer | Identifie les propriétaires ou exploitants qui devront participer aux dépenses. | Si une participation financière est prévue |
| Critères de répartition des dépenses | Explique comment les coûts seront répartis entre les différents contributeurs. | Si une participation financière est prévue |
| Montant de la participation | Indique la somme demandée à chaque personne devant participer. | Si une participation financière est prévue |
Ce dossier est la base de toute la procédure. S’il est incomplet ou imprécis, le préfet peut refuser la DIG.
Urgence et dispense d’enquête publique : les cas particuliers
Dans certaines situations, la procédure classique peut être aménagée pour agir plus vite. Il ne faut pas confondre le caractère d’urgence et la dispense d’enquête publique, qui sont deux choses différentes.
L’urgence, définie par l’article R214-44 du Code de l’environnement, permet au préfet d’autoriser des travaux immédiatement pour prévenir un danger grave. Cependant, cela n’exonère pas le maître d’ouvrage de lancer une DIG en parallèle pour régulariser la situation.
Les cas de dispense d’enquête publique
Il existe trois situations très précises où l’enquête publique n’est pas obligatoire. Ces exceptions visent à simplifier les démarches pour des travaux d’entretien courant ou des situations de crise :
- Face à un péril imminent.
- Après une catastrophe naturelle, pour rétablir les lieux en urgence.
- Pour des travaux d’entretien et de restauration de cours d’eau déjà prévus dans un plan de gestion approuvé.
La Loi ASAP (Accélération et Simplification de l’Action Publique) de 2020 a précisé les choses pour l’entretien des cours d’eau. Grâce à l’article L215-15 CEnv (loi ASAP), si un plan de gestion a déjà été validé, les travaux d’entretien qui y sont prévus peuvent être dispensés d’enquête publique, ce qui accélère leur mise en œuvre.
Quelles sont les conséquences d’une DIG pour les propriétaires ?
Lorsqu’un arrêté de DIG est pris, il entraîne des obligations pour les propriétaires des terrains situés dans le périmètre des travaux. Ces conséquences sont encadrées par la loi pour trouver un équilibre entre l’intérêt général et le droit de propriété.
La servitude de passage
La conséquence la plus directe est la servitude de passage. Les propriétaires doivent laisser l’accès à leurs terrains aux agents et aux engins chargés des travaux. Cette servitude s’applique sur une largeur de 6 mètres le long du cours d’eau. Toutefois, elle ne concerne pas les bâtiments, les cours et les jardins clos attenants aux habitations.
La participation financière
La collectivité peut demander une contribution financière aux personnes qui ont rendu les travaux nécessaires ou qui y trouvent un intérêt. Ce n’est pas systématique. Si une participation est demandée, son montant et sa répartition doivent être clairement justifiés dans le dossier de DIG. Les personnes qui ne trouvent aucun intérêt aux travaux n’ont pas à participer aux dépenses.
Le droit de pêche
Un cas plus spécifique concerne le droit de pêche. Pendant la durée des travaux, le préfet peut décider de transférer temporairement le droit de pêche du propriétaire à une association de pêche agréée, qui assurera alors la surveillance et la gestion piscicole du secteur.
FAQ – Questions fréquentes sur la Déclaration d’Intérêt Général
Quelle est la durée de validité d’un arrêté de DIG ?
Un arrêté de DIG est généralement valable pour une durée de 5 ans. Il est possible de demander son renouvellement si les travaux ne sont pas terminés.
Quelle est la différence entre une DIG et une DUP ?
La différence majeure est que la DIG permet de réaliser des travaux sur des terrains privés, mais elle n’autorise pas l’expropriation. La DUP (Déclaration d’Utilité Publique), elle, peut mener à une expropriation.
Puis-je m’opposer à une DIG sur mon terrain ?
Oui, vous pouvez exprimer votre désaccord. Le meilleur moment pour le faire est pendant l’enquête publique, en consignant vos arguments dans le registre. Si l’arrêté est tout de même pris, vous pouvez ensuite engager un recours contentieux devant le tribunal administratif pour le contester.
La DIG m’exempte-t-elle d’un permis de construire ?
Non. La DIG est une procédure liée au Code de l’environnement ou au Code rural. Elle ne remplace pas les autorisations d’urbanisme. Si les ouvrages prévus nécessitent un permis de construire, celui-ci devra être obtenu en plus.






